CRPF du Limousin, partenaire des propriétaires forestiers

Eléments d'histoire

La forêt limousine est récente. A la fin du 19ème, elle occupe une faible surface, 150 000 ha. C'est à la suite des deux guerres mondiales, par plantations et boisement de terrains abandonnés, qu'elle se développe pour atteindre 580 000 ha.

L'analyse du pollen contenu dans les tourbières de la montagne limousine permet d'avoir quelques indications sur la végétation à partir de 10.000 ans environ avant J-C. Il y avait alors une steppe qui a été colonisée principalement par le bouleau, ainsi que de façon moins importante par le pin. Le chêne, le noisetier et l'orme font leur apparition vers 8.000 ans avant J-C. Ces formations forestières subissent un bouleversement environ 5.000 ans avant J.C, avec la mise en place d'une chênaie diversifiée contenant du tilleul, du frêne, et de l'aulne, voire de l'érable. Suite à une probable évolution climatique, le hêtre commence à arriver environ 3.000 ans avant J-C. Sa dynamique est lente et progressive, tant pour des raisons climatiques qu'à la suite très probable de défrichements à vocation pastorale vers environ 3.500 ans avant J-C. Entre cette période et la fin du XIXème siècle, des phases de déprise et de reprise des parcelles agricoles se succèdent avec une emprise agricole croissante après la guerre de Cent Ans, qui utilise de mieux en mieux les potentialités du territoire et qui atteindra son maximum à la fin du XIXème siècle.

De ce fait, le Limousin n'avait presque plus de forêts pendant le dix-neuvième siècle, surtout sur la montagne limousine. La population déboisait pour cultiver la terre. Seuls quelques taillis subsistaient, surtout dans les vallées encaissées, afin de satisfaire les besoins en chauffage et pour les forges et fours à porcelaine. Cependant, le châtaignier avait une grande importance dans la vie locale, formant avec les raves et le blé noir l'essentiel de la nourriture du paysan. Il était surtout présent au sud de la ligne reliant Saint-Junien à Bort-les-Orgues, où les terrains sont les plus chauds.

La situation a commencé à changer avec les effets de l'émigration définitive. La population a commencé à diminuer au début du vingtième siècle, libérant quelques terres. Quelques essais de plantations ont été tentés. Pendant ce temps, plusieurs propriétaires terriens importants évoquent la nécessité du boisement, tant pour assainir les prés humides (le paludisme était une maladie banale dans la montagne limousine au cours du dix-neuvième siècle) que pour limiter l'importance des crues de la Loire après une série d'inondations catastrophiques (la Loire a des levées à partir de Nevers jusqu'à Nantes).

Après la première guerre mondiale, la population continue à décroître sur les plateaux. On boise surtout dans la montagne. Les notables locaux font la promotion du reboisement des parcelles abandonnées.

Marius Vazeilles, un ancien garde général des Eaux et Forêts, apôtre de la forêt paysanne comme complément de revenu pour une région pauvre, est une figure emblématique du reboisement du plateau de Millevaches. Les anciens parcours à moutons et les parcelles les plus éloignées des exploitations sont plantées et semées, principalement en pin sylvestre. Cette essence pionnière était celle qui arrivait le mieux à pousser sur les landes avec les moyens techniques de l'époque, les autres essences essayées subissant alors des échecs relativement importants.

Le mouvement s'amplifie dans les années 1950. L'exode rural est important et des fermes entières ne trouvent plus de cultivateurs pour les mettre en valeur. De plus, à ce moment-là, la France a besoin de bois pour la reconstruction et pour la pâte à papier. Une taxe spécifique prélevée sur la vente des bois – appelée Fonds Forestier National -, donc d'autofinancement, permet d'aider les propriétaires à mettre en valeur leur terrain et à entretenir ainsi leur patrimoine, tout en ayant l'espoir que cela ferait vivre le pays. Les plantations sont surtout réalisées avec de l'épicéa ; plus de 150 000 hectares sont ainsi mis en valeur. Dans le même temps, la forêt s'accroît de façon équivalente par des accrues feuillues sur des terrains vacants.

Origine de l'information

Surface (ha)

Cadastre 1862

118 900

Statistique forestière 1878

148 900

Cadastre 1908

155 600

Cadastre 1948

223 500

Inventaire forestier 1963-65

491 100

Statistique agricole 1974

521 700

Inventaire forestier 1980-81

529 800

Inventaire forestier 1990-91

563 200

Inventaire forestier 2002-03

584 300

sources cadastre, inventaire forestier national,

enquêtes utilisation du territoire, analyse CRPF

A la fin des années 70, la forêt a pratiquement atteint sa surface actuelle : elle est devenue une composante majeure de la région.

Schématiquement, la surface de la forêt régionale a triplé en un siècle. La moitié de cette augmentation de surface correspond à des plantations qui ont eu pour but de mettre en valeur les terrains vacants, l'autre moitié étant des accrues sur des terrains abandonnés.

La tempête des 6 et 7 novembre 1982 est un déclencheur pour l'essor de la filière bois régionale. Il y a un développement fort des exploitations forestières, des scieries de conifères, ainsi que des éclaircies dans les résineux. Le douglas devient la première essence de boisement de la région : il a mieux résisté à la tempête que l'épicéa commun, il pousse plus vite et les qualités de son bois commencent à être appréciées des scieurs.

Les agriculteurs se désengagent progressivement de la forêt.

Dans le même temps, l'autosuffisance en bois commence à être atteinte notamment grâce au succès des politiques de boisement des terrains vacants en Europe engagées après la seconde guerre mondiale. Cette situation, totalement nouvelle dans l'histoire de la forêt, donne aux propriétaires, à partir des années quatre-vingts, la possibilité d'exprimer leurs autres besoins et désirs, que ce soit par rapport à leur perception du paysage ou par rapport à leur vision de leur environnement.

La tempête du 27 décembre 1999 a simplement révélé cette évolution.

Nous voyons ainsi que l'histoire de la forêt limousine, et donc son importance, est étroitement liée à l'action humaine. Celle-ci limite son extension par les défrichements. En même temps, les différentes sylvicultures pratiquées ont une influence sur ses caractéristiques.

CRPF du Limousin - SAFRAN - 2 avenue Georges GUINGOUIN - CS 80912 PANAZOL - 87017 LIMOGES CEDEX 1 - Tél.: 05 87 50 42 00

le saviez-vous?

94% de la forêt limousine est privée

Le saviez-vous?
Accueil > Vie et histoires de la forêt > Eléments d'histoire